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Cercle littéraire autour du livre Mariés à un choix de Paméla Boutin Fournier

Le théâtre… mon remède !

(texte de Paméla Boutin Fournier)

« Le théâtre est le premier sérum que l’homme ait inventé pour se protéger de la maladie de l’angoisse. » (Jean Louis Barrault)

« La crise de la quarantaine ». Une formule toute faite, un peu usée, qui fait sourire celles et ceux qui n’y ont pas encore été confrontés. On l’a tous déjà entendue :
« Oh, il a pété un câble, c’est sûrement la crise de la quarantaine ! »
Ou encore : « C’est rien, ça va lui passer, elle fait sa crise ! »

Un passage souvent minimisé, parfois tourné en dérision. Pourtant, pour celles et ceux qui l’ont vécue ou qui la sentent encore leur serrer la gorge, vous le savez : c’est une tout autre histoire !

C’est une sacrée marche dans l’escalier de la vie. Une marche haute, abrupte, difficile à franchir. Un « step » qui fait vaciller, qui chamboule, qui percute en pleine figure. Une étape folle qui rebat toutes les cartes de l’existence et opère une transformation jusque dans la chair. Une véritable bombe atomique émotionnelle !
Toi qui avais jusque-là mené une vie à peu près tranquille, tu t’en serais bien passé ! Mais plus tard … bien plus tard,  tu comprendras qu’elle était essentielle pour bâtir la suite de ton histoire sur des fondations plus justes. Même si, il faut bien l’avouer, pendant un long moment, c’est la misère totale.

Évidemment, pour en parler, il faut l’avoir vécue. À 42 ans, je suis passée par là. Aujourd’hui, à 44 ans, en suis-je vraiment sortie ? Je n’en suis pas certaine.

Un matin, je me suis réveillée sans goût pour rien : plus l’envie de me lever, plus l’envie de m’agiter, plus l’envie de recommencer cette même journée vécue depuis vingt ans. Tout était devenu trop lourd. Plus de jus. Plus de force.
J’étais arrivée à un carrefour de ma vie où plus rien n’avait de sens. Comme si, soudain, je réalisais qu’il y avait eu une erreur de casting. Pour la première fois, j’étais honnête avec moi-même : je n’étais pas à ma place. Ma vie manquait de cohérence.

Mais quand on a enseigné pendant vingt ans, qu’on ne sait rien faire d’autre… que fait-on ?
Comment savoir ce que je veux vraiment faire ?
De quoi ai-je envie ?
Eh bien… je n’en savais rien.

J’avais toujours répondu aux attentes des autres. Je ne savais même pas que j’avais le droit d’écouter mes propres besoins. Je ne m’étais jamais posé cette question simple et vertigineuse: « De quoi as-tu besoin ? »
Et là, c’est le grand trou noir.

La crise de la quarantaine ressemble à une immense chasse au trésor dont l’objet est soi-même. Pour atteindre le Graal, se connaître, se comprendre, il faut franchir des niveaux, résoudre des énigmes. Indiana Jones peut aller se rhabiller !
Mais lorsqu’on prend conscience qu’on est prisonnier d’une situation que l’on subit, un état d’urgence se déclare. On passe en mode survie. Il faut réagir, coûte que coûte, quitte à tout démolir.

C’est ce que j’ai fait.
J’ai crié un immense STOP ! Pour ne pas dire un énorme M… !
Et j’ai tout arrêté.

S’arrêter est une étape immense. Mais ensuite… il faut repartir. Et là, c’est le drame.
Un long tunnel, sombre, lugubre, qui semble sans fin. Jusqu’au jour où, dans cette obscurité, j’ai perçu un minuscule pixel d’espoir. J’ai alors compris que j’avais le droit de faire ce qui me faisait vibrer. Pour moi, c’était et c’est toujours : le théâtre.

J’en ai toujours fait en amateur. J’ai toujours transmis cette passion à mes élèves. Lorsque j’étais sur scène ou en atelier, je me sentais à ma place. Pourtant, je ne m’étais jamais autorisée à voir grand, à imaginer que je pouvais en vivre, en faire mon métier.
Ce sont mes anciens élèves qui m’ont ouvert la voie. Eux ont eu le courage de placer cet art au centre de leur vie. Une révélation !
Si eux l’ont fait, pourquoi pas moi ?

L’aventure a commencé. Un véritable parcours du combattant pour se former, se réinventer, oser. Aujourd’hui, dans une démarche inclusive, je fais du théâtre avec tous les publics possibles. Et ils m’apportent infiniment. Le théâtre crée une magie particulière : on apprend sans cesse des autres, on se découvre, on s’enrichit au contact des différences.

Le théâtre est un vortex : il ouvre l’accès à un voyage intérieur. Il nous bouscule, nous titille, nous transforme, nous pousse à accomplir des choses dont on se croyait incapable. Il rallume la mèche, nous révèle, nous fait grandir. On croit jouer des personnages, mais en réalité, on apprend surtout à s’assumer, à être soi, à faire tomber le masque.

Et pourtant, il me manquait encore quelque chose. Jouer, transmettre, ce n’était pas suffisant. J’ai poussé une autre porte : celle de l’écriture.
Écrire « Mariés à un choix » m’a libérée. J’y ai déposé mes doutes, mes colères, mes peurs, mes élans, mes réflexions, mes rêves et mes espoirs.  Jouer sur scène m’a appris le lâcher-prise ; écrire m’a conduite au plus profond de mon âme. 

Chaque pièce raconte la vie de personnages fictifs, mais dans leurs failles, leurs combats, se dessine en filigrane une part de mon propre chemin. La pièce, « la guerrière », a été véritable exutoire. 

Et pour ce premier recueil, quoi de plus vibrant que de parler d’amour, ce thème universel qui nous relie tous et nous met à l’épreuve ?

De cette quête de moi-même sont nées dix histoires. Dix couples confrontés à un choix impossible. Des choix souvent à rebours des attentes de la société, mais toujours décisifs pour leur avenir.

J’ai voulu écrire des dialogues sincères, intimistes, au plus près du réel. Ces fragments de vie célèbrent la diversité des expériences humaines, tout en dénonçant les obstacles et les discriminations qui entravent l’épanouissement de chacun.

Mon écriture est sans paillettes ni artifices.

Mais elle se veut profondément humaine.

Ces histoires sont nées d’une crise, d’un choix, d’un élan vital. Elles sont faites pour être lues, mais aussi pour être incarnées, vécues. Comme le théâtre, comme la vie, elles existent pleinement lorsqu’elles sont partagées. Et si, à leur tour, elles rallument une mèche, alors le chemin aura eu un sens.

Paméla Boutin Fournier, auteure du livre Mariés à un choix.

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